Lucie, 10 ans déjà !

Vendredi 22 septembre, le Label LUCIE fêtait ses 10 ans dans les locaux du CNAM. De nombreux participants : représentants des organisations labellisées Lucie (ou qui ne vont pas tarder à l’être !) et consultants RSE. J’ai d’ailleurs eu le plaisir d’échanger avec Nicole PILLON (Verso transition) et Corrine CHARTIER (Interreface), deux consultantes Lucie qui ont déjà fait le choix de proposer aussi l’outil Diag26000 en mode BotB à leurs clients.

L’occasion de voir que le numérique prend une importance croissante dans les services offerts par le label Lucie : outil de partage des bonnes pratiques annoncé pour 2018 et évaluation du rendement des actions RSE grâce à une bas de données développée en partenariat avec GOODWILL. L’auto diagnostic DIAG26000 reste utile pour une première auto évaluation comme le souligne la nouvelle plaquette Lucie. Certains membres de la communauté l’utiliseront ils bientôt aussi sous sa forme participative ? C’est en tout cas sous cette forme qu’il livre toute sa puissance en regroupant automatiquement les réponses de l’ensemble des collaborateurs et permettant une analyse des écarts de perception qui peut être utile pour optimiser les plans d’actions.

La table ronde de l’après midi s’est rapprochée des notions de management et confiance. Comment pousser les entreprises à se lancer en RSE (hard law ou autres incitations?) mais aussi comment inciter tous les salariés à s’impliquer. Les dirigeants membres du CJD semblent en avance sur ce point. Chiara SAMMARTINO rappelle qu’une commission réfléchit en permanence sur les nouvelles modèles économiques et cite plusieurs exemples de transformations réussies. Les outils numériques accessible par les non initiés, comme Diag26000, devraient aider les managers à pousser un maximum de collaborateurs à participer. Pierre Yves SANCHIS nous alerte sur le fait que le baromètre erse semble mettre en évidence une dégradation dans la confiance que les consommateurs accordent aux entreprises.

La RSE : nouvelle valeur refuge ?

Depuis quelques jours déjà, la panique boursière guette. Un cours du pétrole excessivement et durablement bas, le ralentissement de la croissance chinoise combinée à une possible récession américaine suffisent à jeter un vent panique sur toutes les places boursières majeures. Alors, les valeurs refuges sont recherchées et donc montent en flèche. C’est déjà le cas pour La valeur historique : l’or. La course à la valeur refuge fait donc rage d’autant plus que les dettes souveraines ne constituent plus vraiment un gage de sûreté financière, comme ce fut le cas un temps. Alors quelles alternatives pour les investisseurs ?

Les Investissement Socialement Responsable : ISR

Nous observons depuis maintenant quelques années une augmentation du nombre de fonds ISR. Ce type d’investissement défini par : “un placement qui vise à concilier performance économique et impact social et environnemental en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. En influençant la gouvernant et le comportement des acteurs, l’ISR favorise une économie responsable » * représente l’application des principes du développement durable aux placements financiers.

Pour vous donner une idée, en 2012, les ISR représentaient, en France, 149 Milliards d’euros ; puis 170 Miliards en 2013 pour culminer à 223 Milliards en 2014 soit une augmentation de presque 50% en 2 ans. Une augmentation significative qui se comprend par la performance de ces derniers.

Si l’on en croit la très sérieuse étude du Global Asset Management de l’UBS, au cours des 5 dernières années les valeurs cotées ISR ont superformé les indices de référence.

Concernant l’indice MSCI Mondial, la superformance est claire : les meilleurs rendements de l’indice ont été réalisées par les fond ISR européen et celui du Moyen-Orient : 10,2% pour ces derniers contre 7.4% pour l’indice principal. Ces performances peuvent, notamment, s’expliquer par le fait que les fonds ISR excluent toutes les entreprises ayant une ou plusieurs activités dans les domaines suivants : armes, alcool, jeu, énergie nucléaire, tabac, défense, pornographie, OGM et surtout pétrole. Ainsi, c’est quasiment 75% des sociétés représentées dans les indices traditionnels qui sont exclues des indices ISR.

Ces fonds sont donc beaucoup moins soumis aux fluctuations du cours des matières premières mais également des contextes géopolitiques ce qui leur confèrent une meilleure résistance aux chocs systémiques et donc une meilleure stabilité.

or-euros-jan-2015

 Les entreprises à forte dimension RSE

C’est une réalité, les entreprises mènent de plus en plus d’actions à caractère sociétal. En revanche, une barrière entrave encore grandement cette route, les difficultés de calcul du ROI des démarches. En revanche, il existe des chiffres fiables : le résultat d’une entreprise et ses performances financières globales.

Une étude menée par France Stratégie, intitulée « Responsabilité sociale des entreprises et compétitivité, Évaluation et approche stratégique », a cherché à comprendre le ou les liens existants entre RSE et performance économique. Les chercheurs ont ainsi utilisé la méthode dite de la “meta-analyse” qui consiste à combiner les résultats de plusieurs études statistiques indépendantes portant un seul et même problème. L’étude conclue que les entreprises pratiquant des actions RSE ne sont pas moins financièrement performantes que les autres. Bien au contraire, un gain financier supérieur est engendré par la mise en place de telles pratiques. En revanche, malgré toutes les précautions statistiques il est très difficile d’affirmer que la RSE soit la source de gains financiers supérieurs car il est également probable que la performance économique génère la mise en place d’actions RSE. Ainsi la RSE n’aurait pas un lien direct avec les performances financières mais indirect.

Cependant, une autre étude, cette fois empirique, menée aux Etats-Unis a également démontré qu’une entreprise avec une forte politique RSE avait de meilleurs résultats financiers que les autres entreprises. Mais cette étude contraste ses résultats en soulignant que les entreprises aux pratiques RSE “moyennes” ont des performances financières inférieures aux entreprises aux pratiques sociétales “faibles”. Ceci entretient donc le doute entre savoir si la RSE génère une meilleure performance économique ou bien si cette dernière génère des actions RSE ?

Une chose est sûre : un cercle vertueux existe entre les performances économiques d’une entreprise et sa RSE à condition que cette dernière irrigue toute l’organisation.

*définition de l’ISR donnée par l’Association française de la gestion financière (AFG) et le Forum pour l’investissement responsable (FIR)

Etude complète France Stratégie

Rapport de l AMF sur l investissement socialement responsable (ISR) dans la gestion collective

Evaluer le ROI de ma démarche RSO

En cette période d’épiphanie, nous vous proposons un article destiné à vous aider dans le calcul du ROI (return on investment) de votre politique RSO. Chaque année de plus en plus d’organisations intègrent la RSE à leurs stratégies et pour celles dans lesquelles c’est déjà le cas, des actions sociétales innovantes sont menées. Toutefois d’après le baromètre des enjeux RSE 2015*, 44 % des entreprises déclarent que le manque de visibilité sur le ROI est un véritable frein à de nouvelles actions. Ce chiffre grimpe jusqu’à 68 % lorsque l’on s’intéresse aux grands groupes.
Pour lever ces interrogations, toutes légitimes, nous allons donc tenter de savoir s’il possible de « compter », « calculer » voire même « comptabiliser » les flux générés par les politiques RSE ? Nous appellerons ces flux « les flux sociétaux ».
Pour ce faire, nous allons disséquer quels sont ces freins et tenter de vous apporter des éléments de réflexion  sur le  calcul de votre ROI.

 

  1. La barrière du qualitatif à quantifier

Au-delà du manque de visibilité du retour sur investissement, d’autres problèmes de ressources viennent s’ajouter. Un article dédié concernant ces problématiques a été publié (voir l’article). En effet, toujours selon la même source, 41 % des entreprises interrogées déclarent que leurs actions RSE sont limitées par les ressources financières et à 37 % par le manque de ressources humaines. Viennent ensuite parmi les principaux freins, l’absence d’indicateurs chiffrés (42%), l’impossibilité de calculer le chiffre d’affaires engendrés par telle ou telle opération à caractère sociétal pour 36 % et l’absence de visibilité RSE dans les documents financiers de l’entreprise pour 30 %.
Si l’on reprend alors l’ensemble des freins soulignés, on peut considérer, à titre subjectif, que seul le problème de ressources humaines est une donnée que l’on ne pourrait qualifier de « financière ».
Il convient alors de faire le distinguo entre deux types d’indicateurs : les financiers et les extra-financiers. En effet, réaliser un bilan carbone de son entreprise permet de mesurer l’efficacité d’une action sur ce domaine là tout comme celles visant à réduire la quantité d’énergie ou de matière première consommée. Des indicateurs fiables de suivi très simple à mettre en place et peuvent alors être utilisés.
Le problème ne portent donc pas sur les indicateurs quantitatifs qui ne sont, certes, pas transposables comptablement parlant mais que l’on peut retrouver dans les comptes de l’entreprise (quantité de matière première achetée d’une année sur l’autre, d’énergie etc.).
Il apparaît donc que le problème n’émane des actions dites quantitatives mais plus des actions qualitatives (amélioration des conditions de travail, partenariat avec une association etc.). Ce sont précisément ces actions dont les résultats, selon les entreprises interrogées, doivent faire l’objet d’un traitement et d’une analyse comptable. Elles puiseraient donc leur pérennité et leur légitimité dans ses résultats. Or, il est évident que la comptabilité générale actuelle ne permet pas de comptabiliser ces flux sociétaux. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne peuvent pas faire l’objet d’un traitement extra-comptable monétairement quantifiable.

63714_0203441792412_web

2. Sortir du dogme de la comptabilité générale

D’après Jean-Claude Dupuis, professeur à l’Institut de Gestion Sociale, les grandes entreprises disposent des compétences nécessaires pour mesurer tous les flux sociétaux notamment en contrôle de gestion. Par conséquent tout une chaîne de valeur extra-comptable pourrait venir appuyer l’efficacité ou non de chaque action au caractère sociétal.
Or, selon Philippe Cornet, consultant RSE, les différentes initiatives entrant dans le cadre de la politique RSE revêtent bien souvent des caractères et donc des objectifs différents : stratégiques, opérationnelles ou philanthropiques. Ma logique me pousserait dont à dire que si l’on devait évaluer chaque action, un de ces trois caractères lui devraient être donné et en fonction fixer le retour sur investissement attendu. Obtenir un ROI financier pour une action philanthropique semble déplacé pourtant la majeure partie des actions RSE des banques et assurances portent sur des actions philanthropiques prouvant ainsi que ces actions ne sont pas vide de sens.
Un raisonnement similaire pourrait être porté sur les actions menées ayant un caractère stratégique. Stratégie signifie bien souvent long terme, or la comptabilité est par définition la représentation de la situation financière d’une organisation à un moment donné. Il donc impossible de transposer les principes de comptabilité générale aux actions RSE sans suivi régulier et long-termiste de certaines données.
En ce qui concerne les opérations à caractère opérationnel, il est possible de calculer grossièrement leurs flux financiers à condition de définir préalablement les indicateurs de suivi. Là encore la comptabilité de gestion peut jouer son rôle.
La clef de voûte d’une traduction plus ou moins comptable passe donc par la définition d’indicateurs de suivi. Philippe Cornet et Sofiann Yousfi-Monod, responsable RSE chez D2SI, indiquent que, dans l’idéal, huit à douze indicateurs peuvent être utilisés. Un maillage entre indicateurs financiers (chiffre d’affaires, productivité des capitaux etc.) et extra-financier (taux d’absentéisme, nombre et durée respective d’arrêt maladies etc.) doit être utilisé. Une fois les indicateurs définis ils doivent faire l’objet d’un suivi et d’une « analyse scrupuleuse des causes du niveau des indicateurs qu’à une traduction financière des retombées » financières.
Une autre méthode liant analyse quantitative et qualitative est possible mais plus complexe à mettre en place pour une entreprise seule. Le cabinet Goodwill propose à ses clients de « répertorier les actions initiées dans le cadre de la RSE, le coût associé à chacune d’entre elles, et l’ensemble des impacts de toutes ces actions, qu’il s’agisse de conséquences internes à l’entreprise, d’effets sur les partenaires ou de répercussions sur la société civile ». Un travail donc de longue haleine et de spécialistes mais d’une pertinence certaine. D’après Patrick Bourdil, directeur de mission au sein de ce même cabinet, « dans la quasi-totalité, des cas la RSE est rentable pour l’entreprise ».

 
D’après le baromètre, seulement 5 % des entreprises déclarent évaluer l’impact de leurs actions sociétales. Des solutions viables sont possible à mettre en œuvre si bien en interne qu’en externe à condition de sortir de votre « bulle de confort comptable ». Néanmoins, des initiatives émergent. A la suite d’une conférence sur la comptabilité environnementale et le reporting intégré (voir l’article consacré) nous avions identifié plusieurs tendances : certaines PME et les agriculteurs BIO ont une longueur en matière de comptabilité « non classiques » ; d’autres modèles que la comptabilité générale existe (CARE, la comptabilité universelle etc.) ; des réflexions sont actuellement menées sur une nouvelle comptabilité ou les flux ne seraient pas seulement monétaires.

 
*Etude réalisée par le cabinet de conseil et d’audit BDO en partenariat avec Malakoff Mederic, fait un focus sur le retour sur investissement des politiques RSO ( Voir le baromètre complet)

Source : Entreprises et carrières ; Les Echos